21 avril 2008
J'ai 24 ans...........
Il y a des 21 avril qu'on oublie pas.........
2002 : J'avais 18 ans et je ne pouvais pas voter ce jour-là.........
1997 : Dissolution de l'Assemblée Nationale. Victoire de la gauche plurielle
L'illusion du chômage volontaire
Avec France Inter, la chronique de Liêm Hoang-Ngoc, Maître de conférences à Paris I, qui remplace cette semaine Bernard Maris. Keynes avait déjà tout dit sur le soi-disant chômage volontaire.
Le gouvernement va annoncer la suspension des indemnités chômage en cas de refus de deux offres valables d'emploi. Selon la définition proposée par le gouvernement, une offre valable est associée à un emploi dont le salaire peut être inférieur de 70% au salaire précédent, et accessible à moins de deux heures de déplacement.
Outre que son projet entretiendra une pression à la baisse sur les salaires, le gouvernement a indéniablement décidé de durcir les conditions d'indemnisation des chômeurs. Il considère que nombre d'entre eux profitent du système et entend, comme il dit, lutter contre l'assistanat. Thème très à la mode ! Tant on se souvient que Ségolène Royal en avait également fait son cheval de bataille.
Mais ce slogan n'a absolument rien de moderne ! Il y a plus de 70 ans, Keynes moquait déjà son ancien professeur, Arthur Pigou, le père de la théorie du chômeur fainéant et assisté. Pigou expliquait qu'une économie de concurrence parfaite converge vers le plein-emploi, c'est-à-dire une situation où personne ne veut travailler plus parce qu'il faudrait accepter des salaires trop bas. Dans le jargon des économistes, le chômage est alors qualifié de «volontaire» : les chômeurs choisissent de ne pas travailler. Ils préfèrent d'autant plus le loisir s'ils bénéficient d'allocations généreuses.
Que disait Keynes ? Dans la dépression des années 30, Keynes répondait au contraire que des millions de chômeurs accepteraient de travailler pour des salaires bien plus faibles que le salaire courant. Si les entreprises ne les embauchent pas, c'est parce qu'elles n'investissent pas. Bref le chômage est «involontaire» !
Pas d'investissements, pas d'emploi
Cette controverse est plus actuelle que jamais. L'Europe et les Etats-Unis souffrent d'une panne de croissance. On peut renforcer autant qu'on veut le contrôle des chômeurs. L'économie ne crée pas assez de postes à pourvoir à chaque demandeur d'emploi. Il y a aujourd'hui 1 800 000 chômeurs officiels et 5 millions de précaires, près à travailler. Mais il n'y a que 400 000 emplois vacants, essentiellement dans le bâtiment et la restauration. On découvre désormais qu'ils sont occupés par des sans-papiers, comme dans le film de Ken Loach, It's a free world. L'ANPE ne dénombrait quant à elle que 18 000 «fraudeurs» et chômeurs découragés radiés en 2007.
ON pourrait se demander pourquoi le chômage baisse. Il baisse parce que la population active croît moins vite depuis le papy boom. C'est-à-dire le départ à la retraite des générations nées en 1945, dont il faut financer les retraites. Mais l'emploi n'augmente pas parce que les entreprises n'investissement pas et que la baisse du pouvoir d'achat réduit leurs carnets de commandes. Les seuls emplois créés sont des emplois à dix heures par semaine dans les services à la personne.
Conclusion ? Lutter contre l'assistanat revient à lutter contre les chômeurs et non contre le chômage.
Le dicton du jour : si le monde connaissait le bonheur et la paix, je n'essaierais pas de le changer.» (C'est de Confucius, puisque la Chine devait être à la mode cette année).
Le PS négocie son recentrage
Ce 21 avril 2008 marque le début du congrès du PS qui doit adopter sa nouvelle déclaration de principe : declaration_PS
A la première lecture du document, on peut constater l'évolution du parti depuis le congrès d'Epinay en 1971 à travers les différentes déclarations de principe. La dernière en date ne fait plus référence "au réformisme mit au service des espérences révolutionnaires". Il marque un recentrage assumé. Cette évolution apparaît comme naturelle, voire inéluctable. En effet, le PS qui défendait un projet socialiste en 1971, a mené une politique social-démocrate depuis 1983. Aujourd'hui, il en devient tout simplement démocrate, comme tous les autres partis européens proches du PSE. Certains dirigeants ont même estimé que la pensée keynésienne n'allait plus de soi, reprenant pour la plupart le discours économique dit néoclassique sur la réduction des dépenses de l'Etat, des déficits.
Voila un article de Rue 89 sur cette déclaration
"Déclaration de principes" du PS: enfin du nouveau?
C'est la feuille de route du Parti socialiste. Débattue pendant de longs mois au sein de la commission présidée par Alain Bergounioux, elle sera soumise au vote de la convention nationale le 14 juin prochain; avant d'être entérinée au congrès de novembre. Au menu: fini les références révolutionnaires, vive "l'économie de marché régulée" d'un "parti réformiste" qui défend le "socialisme démocratique".
En un siècle, cinq déclarations de principes pour marquer les grandes évolutions
En un siècle, les socialistes ont élaboré à cinq reprises (1905, 1946, 1969, 1990 et 2008) une "déclaration de principes", sorte de vade-mecum idéologique qui trace les grandes perspectives pour les années à venir. S'il est vrai que la politique est une histoire d'hommes et d'idées, alors celles du PS se trouvent ici. Mieux: si l'on considère l'adage d'Antonio Gramsci toujours vrai -la victoire idéologique précède la victoire politique-, ce texte est censé être la première pierre d'une rénovation attendue par beaucoup.
Outre le préambule, il se découpe en trois parties: nos finalités fondamentales, nos objectifs pour le XXIe siècle, notre parti socialiste, elles-mêmes divisées en 21 articles.
Fin de la référence révolutionnaire
Alors que le PS a toujours inscrit dans ses références la "révolution", il abandonne ici la notion, en dehors d'une allusion, dans le préambule, aux principes fondateurs de la Révolution française. Même s'il s'agit de "bâtir un monde nouveau et meilleur", l'héritage du PS est désormais strictement balisée par le cheminement suivant:
"Il revendique le souvenir de la Commune, l'héritage de la République et de son œuvre démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front populaire, de la Libération, de mai 1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé."
Bref, une histoire de gauche complètement intégrée à celle des cinq républiques françaises. A cet égard, la première partie du document est très nettement articulée autour des valeurs consensuelles de la République, revisitées dans une hiérarchie "progressiste" rappelée au début de l'article 2:
"L'égalité est au cœur de notre idéal. Cette quête n'a de sens que par et pour les libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l'idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de la nature."
La fraternité disparaît donc au profit d'une humanité universelle.
Le socialisme démocratique, c'est quoi?
Pour reconstruire une histoire idéologique du PS, sa narration, les penseurs socialistes ont renouvelé le genre en détournant des concepts anciens. Au centre de ce lifting, la notion de "socialisme démocratique" revue et corrigée. Là encore, l'idée est détaillée dans le préambule:
"Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l'action, un avenir pour l'humanité. Sa nature est 'd'aller à l'idéal et de comprendre le réel', d'inventer le futur et de travailler dans le présent, d'assumer les tensions et les contradictions qui en résultent et font la vie humaine."
En somme, le "socialisme démocratique" serait le "story telling" du PS, son récit en cours de tournage. Avec un contenu, immédiatement fourni dans le premier article du texte, qui mérite à lui seul d'être intégralement cité:
"Etre socialiste, c'est ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est. L'idée socialiste relève, à la fois, d'une révolte contre les injustices et de l'espérance pour une vie meilleure. Le but de l'action socialiste est l'émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète."
Personne et planète: binôme indispensable de toute plate-forme de pensées contemporaines.
L'écologie au cœur de la démarche d'émancipation de l'Homme
Est-ce là l'aspect le plus novateur de cette déclaration d'intentions? En tout cas, les rédacteurs n'ont pas lésiné sur les références appuyées au "deep thinking" du monde: sans respect de la nature, l'homme n'est plus rien.
Préambule:
"Bâtir un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l'homme et assurant la sauvegarde de la planète, est la tâche première des socialistes…"
Article 3:
"Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans compromettre l'avenir des générations nouvelles."
Article 4:
"Ils veulent mettre les avancées scientifiques et technologiques au service des hommes et de la planète."
Article 6:
"Les socialistes sont partisans d'une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux."
Article 7:
"Les socialistes défendent un modèle de développement durable qui conjugue la croissance, l'innovation technologique, l'impératif écologique, la création d'emplois, la protection sociale. Les socialistes se préoccupent non seulement de la quantité des richesses produites et de leur distribution, mais aussi de la manière de les produire et du contenu de la production."
Alors, fini le productivisme? La foi dans le progrès et la technologie? Pas tout à fait, si l'on lit attentivement cette dernière phrase de l'article 7 où "manière" et "contenu" de la production voisinent avec "quantité des richesses produites". Mais le PS se met à la page (article 4) avec les "nano- et biotechnologies", "l'ingéniérie génétique", le "principe de précaution"… Une alliance avec les Verts serait-elle dans les cartons?
Vers une social-démocratie à la française?
Du "parti révolutionnaire" (historique) au "parti de la transformation sociale" (1990), voici le Parti socialiste devenu en 2008 un "parti réformiste", comme l'indique l'article 13:
"Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu'elle résulte d'une volonté collective forte assumée dans le temps, prenant en compte l'idéal, les réalités et l'histoire."
Ou encore le dépassement de la contradiction initiale du capitalisme, article 7:
"Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus de l'emploi et d'autres seraient enfermés dans l'assistance."
Le courant strauss-kahnien semble donc avoir définitivement imprimé sa marque dans la définition du rapport à l'économie, avec le tracé d'une social-démocratie à la française. Même si les compromis accordés aux Fabiusiens truffent le texte:
Article 6:
"Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d'inégalités, porteur d'irrationalité, facteur de crises, qui demeure d'actualité à l'âge d'une mondialisation dominée par le capitalisme financier."
Ou encore, Article 8:
"Une tâche tout aussi importante est de réactualiser ce qui est l'apport propre du socialisme démocratique dans le siècle dernier, l'Etat social, qui permet aux réponses collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité."
Réformiste donc, mais aussi et dans l'ordre parti "républicain", "laïque", "décentralisateur", "européen", "internationaliste", "populaire", "démocratique" et enfin, "des cultures de la gauche". Ultime concession faite aux différents courants de la rue de Solférino?
Qui incarnera le mieux les valeurs déclinées: Ségolène, François, Bertrand…?
Au petit jeu des devinettes qui vont agiter les militants socialistes dans les prochains mois, il est intéressant de relever les différentes valeurs décrites dans la déclaration, comme si ses rédacteurs avaient voulu dessiner le pourtour d'un discours que le prochain premier secrétaire devra incarner. Au menu, d'abord la paix dans le monde, article 9:
"Lutter pour la paix, la sécurité collective et le codéveloppement correspond à la vocation internationaliste des socialistes. C'est notre horizon pour le siècle qui commence."
La France, "pays ouvert", luttant en faveur des "droits de l'homme" et contre "toutes les discriminations". "Pluralisme et indépendance de l'information dans les médias", laïcité comme "une condition de notre vivre ensemble" et défense des "grands principes de la Justice", le PS "met la culture au centre de ses valeurs". Proposition audacieuse… qui se rapproche beaucoup du programme présidentiel du PS auquel la candidate ne croyait pas tant que ça.
Dernier point: le fair-play auquel chaque prétendant devra s'astreindre, article 20:
"Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux."
Vraiment à tous les niveaux?…

