26 avril 2008
Tribune qui va paraître dans le poing et la rose 92
Face à la crise actuelle, il faut des solutions modernes !
« Nous n’avons pas encore touché le fond. » déclarait il y a peu de temps George Soros, financier et milliardaire américain devenu célèbre pour ses activités de spéculation sur les devises. Aujourd’hui, le monde affronte sans doute l’une des plus graves crises économiques et financières depuis 1929.
D’un côté, nous avons une crise alimentaire, provoquée par la culture des agrocarburants qui laissent de moins en moins de place pour l’agriculture traditionnelle, ce qui favorise la spéculation et la hausse des prix des denrées de premières nécessités. Qualifiée de « Choc alimentaire mondial » et de « véritable tsunami économique et humanitaire » par Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, cette crise alimentaire est à l’origine dans un certain nombre de pays de l’instabilité politique, économique et sociale. Les « émeutes de la faim » se multiplient et deviennent de plus en plus violentes en Egypte, en Côte d’Ivoire, et en Haïti, où le gouvernement a été renversé après plus d’une semaine d’émeutes.
Ajouté à cela, la crise économique est omniprésente dans l’esprit des acteurs économiques et financiers. Elle est due à l’explosion de la bulle immobilière aux Etats-Unis et touchera toutes les zones économiques. Pour faire face à ces défis immenses, il est remarquable de constater le pragmatisme des pays anglo-saxons qui n’hésitent pas à prendre des mesures modernes pour limiter les dégâts de la crise. Contrairement à la Banque Centrale Européenne, les dirigeants de la Fed (équivalent américain de la BCE) ont décidé d’utiliser le dollar comme un outil politique au service de la croissance. La baisse des taux d’intérêts aura sûrement un effet bénéfique. « L’inondation de liquidité peut permettre d’éteindre les crises. » Dans le débat qui agite les Etats-Unis et la Grande Bretagne, il apparaît tout autant naturel de planifier un plan de relance à partir d’un budget provisoirement déficitaire et même de nationaliser des banques qui sont en quasi faillite ! Ainsi, le sauvetage de l’institution financière britannique, la Northern Rock, a même été soutenu par le Premier Ministre Gordon BROWN. Aux Etats-Unis, les démocrates envisagent de poser des restrictions au libre-échange afin de préserver l’emploi et de protéger l’environnement, de faire intervenir la puissance publique pour aider les familles exposées face à la crise des subprimes et parlent de renforcer la progressivité de l’impôt.
En France, le débat politique autour de ces crises nous semble totalement surréaliste et biaisé. Tout d’abord, nous avons un gouvernement conservateur qui prend des mesures, des allègements d’impôts pour les rentiers et les plus fortunés, jugées archaïques partout ailleurs sauf en France . Il prétend même que la France ne sera pas touchée par la crise comme si les frontières d’un pays pouvaient stopper un phénomène mondial ! En réalité, il est guidé par une idéologie classique datant du XVIII ème siècle qui prétend que le marché est autorégulé par une « main invisible. » C’est ce qui justifie sa volonté de ne pas intervenir. A l’heure où il faudrait favoriser la hausse des salaires face à l’inflation galopante, le gouvernement ne parle que d’heures supplémentaires. Pis, le gouverneur de la Banque de France, disciple de Jean Claude TRICHET, préconisait mardi 22 avril sur RTL une plus grande rigueur salariale.
En tant que socialistes, nous devons nous inscrire dans une pensée économique efficace, cohérente et donc post-keynésienne. L’une des premières mesures qu’il faudrait prendre serait de baisser la TVA, impôt si injuste qui représente 8 % du budget pour les 10 % de familles les plus pauvres et 3 % pour les 10 % les plus riches. Si on tient compte des contraintes européennes, le gouvernement pourrait abaisser au maximum le principal taux de 4,6 points.

