13 septembre 2008
Aurait-on pu le faire ?
C'est en quelque sorte la question que se pose le député Jean-Pierre Balligand dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde. Le PS peut-il être plus timoré que M. Bush ? Faut-il être un néoconservateur américain pour nationaliser une banque ? Le 7 septembre, le gouvernement des Etats-Unis a annoncé la nationalisation des deux agences de financement de crédit à l'habitat, Fannie Mae et Freddie Mac. En se déclarant prêt à consacrer 200 milliards de dollars (143,7 milliards d'euros) à ce plan de sauvetage, il a fait de cette opération la plus grande de ce type jamais menée aux Etats-Unis. Ce faisant, il a redonné au Parti socialiste et à toute la gauche une formidable occasion pour réhabiliter l'intervention du secteur public dans l'économie. C'est en effet peu de dire qu'une telle décision semble aller contre le courant d'un ultralibéralisme financier dont les Etats-Unis sont depuis longtemps le symbole : ce sont des organismes dorénavant nationalisés qui vont assurer près de la moitié des besoins en financement des emprunteurs américains, et personne ne s'en offusque aux Etats-Unis ! Cette opération est ainsi moins révélatrice d'une nage à contre-courant du gouvernement américain que d'un retournement de balancier de l'histoire économique. Comment en effet ne pas voir que cette nationalisation marque la fin d'un certain capitalisme, qui avait réservé au seul secteur privé le financement de toute l'économie ? La crise des subprimes a déjà permis de montrer la nécessité de réhabiliter l'idée de régulation financière, comme je l'avais souligné avec d'autres dans une contribution thématique déposée en vue du prochain congrès du Parti socialiste et consacrée à ce sujet. En effet, si cette forme dévoyée du capitalisme qu'est le libéralisme économique est morte le week-end dernier, c'est parce qu'elle s'est montrée incapable de donner une valeur marchande à certains risques et donc de les faire assumer correctement. Aujourd'hui, la décision du gouvernement américain montre bien qu'il est nécessaire d'aller au-delà de la mise en place de dispositifs de régulation efficaces, et de revoir à la hausse la place du secteur public dans l'économie. Pourtant rien ne prouve que l'Europe, si elle était confrontée à une situation aussi dramatique que celle des Etats-Unis, serait capable de prendre une telle décision. Depuis longtemps en effet, la domination de la doctrine ultralibérale est telle qu'elle a anéanti presque toute expression de pensée économique alternative. LES ZÉLATEURS DES MARCHÉS Parce qu'elle est en quelque sorte l'aveu de l'ultralibéralisme de son incapacité à ne pas s'autodétruire, cette décision américaine constitue ainsi une opportunité majeure pour faire tomber en France et en Europe le tabou du rôle du secteur public dans l'économie. Plus qu'une opportunité, c'est même une nécessité pour ceux qui n'entendent plus se satisfaire des antiennes rassurantes des zélateurs des marchés auto-régulés. Il ne s'agit évidemment pas de reproduire les travers de la situation actuelle, où la puissance publique intervient pour éponger les pertes d'acteurs privés à coups de fonds publics, encourageant ainsi ces acteurs à prendre toujours plus de risques. Il faut au contraire définir les contours d'une solution alternative, une économie de marché sociale et soutenable qui donnerait toute sa place au secteur public et ce sans plus attendre, afin d'éviter que l'Europe ne perde - une fois de plus - des années en atermoiements. Les socialistes, et au-delà l'ensemble de la gauche, ne doivent ignorer leur responsabilité dans l'accomplissement de cette tâche. C'est pourquoi il serait regrettable qu'au moment où le Parti socialiste entend procéder à sa refondation, il le fasse sur des bases libérales dont l'actualité montre qu'elles sont déjà dépassées.

