28 septembre 2008
Un monde d'avance
Un monde d’avance
Reconstruire l’espoir à Gauche
Regardons les choses en face.
Le monde change, le vent souffle et il peut nous porter loin. Mais, pour cela, nous devons enfin reprendre l’initiative et ne plus subir. Ne plus subir la droite, son discours et son agenda. Ne plus subir l’air du temps, la dictature de l’opinion et des médias. Ne plus subir les évolutions imposées par nos adversaires comme une fatalité insurmontable. Ne plus subir le temps comme un agent érosif de nos valeurs.
Le vent souffle. Il nous portera loin si nous orientons les voiles dans le bon sens.
Le néo‐libéralisme sombre. Le monde est confronté à quatre crises majeures – crise financière, énergétique, alimentaire et environnementale ‐ dont la simultanéité met en évidence les dangers et les limites de ce qu’il est convenu d’appeler la « mondialisation libérale ». En moins d’une semaine, le capitalisme financier, arrimé sur la dérégulation, la privatisation à outrance, le tout marché et le libre‐échange sans limites, a vu voler en éclat la suprématie que lui conférait son caractère prétendument « indépassable » ou « incontournable ».
Seul le recours massif à l’action publique et aux contribuables a permis de mettre un terme provisoire au chaos créé par la spéculation et la subordination de l’intérêt général aux intérêts particuliers. La véritable hiérarchie entre l’économie et la politique a ainsi pu être rétablie. Si l’on ne change pas radicalement de cap, les conséquences de ce chaos, aujourd’hui encore largement occultées, se feront durement sentir pour les plus faibles, dans les mois et les années à venir. La fameuse « économie de l’intelligence », si chère aux tenants de la suprématie du tout-marché, vient se noyer dans la fameuse :« privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes ». Il en va de même en matière alimentaire, énergétique et environnementale. Si de solides régulations ne sont pas mises en place, par l’action publique concertée portant l’intérêt général, cette tendance désastreuse ne pourra que se renforcer.
Le vieux est mort et le neuf hésite à naître.
Le monde qui disparaît engloutit bien des certitudes. Mais ce constat doit-il nous nous réjouir ou nous inquiéter ? Nous réjouir dès lors que le néo-libéralisme et son cortège d’inégalités, de violences et d’injustice agonisent.
Nous inquiéter aussi devant la montée des nationalismes, l’incitation au « choc des civilisations », la radicalisation religieuse et la multiplication des régimes autoritaires. Nous inquiéter devant le caractère irréversible de nombreuses blessures infligées à l’environnement. Nous inquiéter enfin, devant la surdité de certaines autorités politiques ou financières confrontées à l’ampleur d’une crise qu’elles n’ont su ni anticiper, ni comprendre, ni résoudre.
Face à cette métamorphose, la France, livrée au pouvoir d’un seul homme, ne va pas mieux que ses voisins. Elle va même beaucoup plus mal.
A la crise sévère de nos finances publiques, s’ajoutent le retour de l’inflation et la chute brutale de la croissance qui nous placent en situation de récession. C’est la pire des situations : « la stagflation », que l’on croyait ne jamais revoir. La faiblesse de l’investissement public et privé - scandaleusement attribuée par la droite aux 35 heures ou au code du travail - est la véritable cause de notre perte de compétitivité : elle débouche sur un déficit record de notre balance commerciale. De délocalisation en plans sociaux - c’est désormais le tour des secteurs automobile et aéronautique - la désindustrialisation croissante de notre pays constitue une lourde menace pour notre niveau de vie et l’avenir de notre recherche que l’on s’obstine à délaisser. Le taux de chômage réel remonte, malgré un camouflage statistique très politique. De surcroît, la dégradation de la qualité des emplois et des conditions de travail, pèsent très fortement sur nos concitoyens. Plus des deux tiers des emplois créés au cours des dernières années sont des emplois intérimaires ou des temps partiels subis et mal payés. C’est ce qui explique l’apparition de travailleurs pauvres, que l’on s’apprête à cantonner dans le RSA aux côtés des Rmistes. D’une manière générale le pouvoir d’achat des salariés et des retraités recule : traduction implacable de la captation de plus de 10 points de valeur ajoutée par le capital au détriment des salaires, résultant de l’essor sans précédent du capitalisme financier. Pour la droite, la « valeur travail » est bien évidemment sans rapport avec sa rémunération. A cette tendance de fond s’est superposé un recul des politiques de redistribution, fiscales et sociales, qui se traduit aujourd’hui par une remontée vertigineuse des inégalités. Les écarts de salaires et de revenus ne défient plus seulement la justice sociale : ils attentent au bon sens. Voilà ce qui, si les mots avaient encore un sens, devrait être la première préoccupation des socialistes.
Le contexte international n’est pas étranger à la détérioration de la situation.
Mais, en France, la droite en porte la responsabilité principale. Ses choix fiscaux, comme les 14 Milliards d’euros en faveur des plus riches dès le début de législature, ont aggravé l’état de nos finances publiques. Ils privent, de surcroît, notre pays de toute marge de manœuvre budgétaire pour éviter la récession, sans avoir la moindre conséquence positive sur l’investissement privé.
Suppression de l’impôt sur la fortune, bouclier fiscal, niches fiscales dont le coût est supérieur au double du déficit budgétaire, démantèlement des 35 heures et du code du travail… sont la marque d’une politique conservatrice, affichée au mépris de la plus élémentaire justice sociale. Simultanément, la protection sociale recule, qu’il s’agisse des retraites ou de la santé, au profit d’un secteur privé, dont la débâcle nord-américaine augure mal de la pérennité. Gageons que dans les mois à venir, nous entendrons moins parler des fonds de pensions qui séduisaient tant, parfois, hélas, jusque dans nos rangs. Le déficit de notre régime de santé - bien que préoccupant, mais lié, en réalité, au niveau de l’emploi et au périmètre de l’assiette de perception des cotisations- va s’avérer être peu de chose, comparé à la contribution du trésor américain au sauvetage, en catastrophe, des compagnies d’assurances privées.
La prétendue « rupture » prônée par Nicolas Sarkozy, se résume en réalité à un alignement sur le néo-conservatisme américain, au moment où celui-ci échoue. Elle ne se cantonne pas au domaine économique et social. Elle ne se contente pas de l’appauvrissement des catégories populaires de plus en plus fragilisées et du harcèlement fiscal et tarifaire des classes moyennes, elle s’étend aussi à l’ensemble de l’action publique. De la politique étrangère qui faisait jusque ici l’objet d’un consensus relatif entre gauche et droite, en passant par la personnalisation grotesque du pouvoir, les atteintes aux libertés publiques en matière politique et pénale, le démantèlement organisé des services publics. La remise en cause frontale de la laïcité traduit bien la volonté de rompre avec notre modèle républicain.
En fait de rupture, le gouvernement nous fait entrer dans une période réactionnaire, au sens étymologique du terme, telle qu’en a connu périodiquement la France. Seules, l’hypermédiatisation, parfois étrangement servile, de l’agitation présidentielle, et la faiblesse insigne d’une opposition politiquement indéterminée, parviennent encore à brouiller cette réalité.
Car il faut se rendre à l’évidence : l’opposition, c’est à dire pour l’essentiel notre parti, porte sa part de responsabilité dans ce scénario médiocre. Alors que nous n’avons jamais disposé d’autant d’atouts (trois groupes parlementaires puissants, la majorité des départements, des régions et des municipalités, grandes et moyennes), notre parti n’a pas la faveur des Françaises et des Français qui jugent son action timorée, brouillonne et son projet inexistant ou illisible. Alors même que le contexte politique, aussi bien national qu’international, nous est favorable, nous nous trouvons, le plus souvent, incapables de répondre aux attentes de nos électeurs.
Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, ces carences ne peuvent en aucun cas s’expliquer par des raisons purement « socialo-socialistes ». Ni l’absence de leader avéré, ni notre diversité interne, ne nous permettent de comprendre cette situation. Le mal est plus profond. La social-démocratie européenne a subi 13 défaites sur les 15 derniers scrutins. Est-ce, dans chacun de ces treize partis, faute de leaders ou de discipline ? Ou bien est-ce le résultat de l’acceptation, par la social-démocratie, des principes néolibéraux, des valeurs de nos adversaires ? Reconnaissons-le, cette seconde hypothèse paraît tout de même plus vraisemblable !
Nous avons bien perdu, dans les dernières décennies, la bataille culturelle, c’est à dire la bataille politique au niveau le plus élevé et le plus profond. Il est temps, plus que temps, d’inverser la tendance. L’avenir du PS ne peut être le passé de la social-démocratie européenne.
Nous n’avons pas gagné d’élection présidentielle depuis 20 ans, ni d’élections législatives depuis 11 ans. Et rien n’indique que nous serions en mesure de l’emporter aujourd’hui, malgré les cafouillages et les échecs de la droite au pouvoir. Imputer cette position de faiblesse à la qualité des équipes ou à l’état du navire est un peu court : comme nous l’a appris Sénèque, « il n’y a pas de bons vents pour le marin qui ne sait pas où il va ».
Le cap, la ligne, le projet : peu importent les mots choisis. Ce qui est essentiel pour un parti politique, ce qui entraîne l’adhésion ou motive la critique, c’est son orientation politique : les valeurs qu’il défend et les moyens qu’il préconise pour les mettre en œuvre. La société qu’il dessine, l’horizon qu’il propose.
Le PS n’est pas à court d’idées. Ses valeurs sont, plus que jamais, d’actualité. Son patrimoine historique ou la relation privilégiée qu’il devrait entretenir avec le progrès, lui fournissent la matière pour bâtir un véritable projet alternatif à celui des conservateurs. Mais notre visibilité est brouillée par les concessions incessantes à une pensée qui n’est pas la nôtre.
Nous avons gagné les élections chaque fois que nous avons eu un temps d’avance. Un temps d’avance sur l’adversaire, un temps d’avance dans la compréhension du monde, un temps d’avance sur les métamorphoses de la société.
Aujourd’hui nous devons avoir un monde d’avance. Là où la droite contemple les ruines d’un modèle de développement fondé sur le laisser-faire généralisé, la gauche est seule légitime pour lever une nouvelle espérance. A nous de reconstruire l’espoir à gauche
27 septembre 2008
La dernière blague de Ségolène
"Elle souhaite l'interdiction des licenciements et des délocations".
1- Qu'en pensent G. Collomb et F. Bayrou (actuel et futur allié) ?
2- Son texte déposé mardi ne mentionne pas cela. Il y a un décalage entre les discours gauchistes et les textes socialo-centristes
Communiqué de B. HAMON en réaction au discours de Sarkozy
Qui sont donc ces fous qui baissent de 13 milliards les impôts des plus riches ?
Qui sont donc ces fous qui privatisent la Poste ?
Qui sont donc ces fous qui libéralisent la santé ?
Qui sont donc ces fous qui démantèlent le droit du travail ?
Qui sont donc ces fous qui organisent dans tous les domaines les reculs de l'Etat ?"
Nicolas Sarkozy "vient de se livrer, dans un mélange d'approximations économiques et de bégaiements idéologiques, à un réquisitoire en règle contre un système qu'il défend et promeut depuis le début de sa carrière politique
24 septembre 2008
Les méthodes obscures de l'UMP pour la région Ile de France
Depuis son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy semble n'avoir qu'un seul projet pour la région-capitale : récupérer le siège de Jean-Paul Huchon. Pour planifier la stratégie de reconquête, Christian Blanc, secretaire d'Etat au Grand Paris, utilise depuis tous les stratagèmes pour destabiliser la gauche. En effet, depuis sa nomination en mars dernier, comme à son habitude, il emploie des méthodes obscures venues d'un autre temps que nous pensions révolu avec la plus grande des discrétions.
Alors que nous vivons dans une République décentralisée depuis 1982, la droite a décidé d'attaquer une institution démocratiquement élue en mars 2004 non seulement en remettant en cause l'autonomie du conseil régional d'Ile de France par la nomination d'un secretaire-d'Etat-super préfet mais aussi en bloquant le projet SDRIF élaboré collectivement avec des citoyens, des élus de tous bords depuis 2-3 ans. En réalité, l'U.M.P a beau jeu de critiquer l'immobilisme de la gauche puisqu'ils empêchent toute forme d'amélioration des conditions de vie des franciliennes et des franciliens sous de faux pretextes, juridiquement infondés.
Face à ce mépris, le Mouvement des Jeunes socialistes ne laissera pas faire ce clan qui n'a pas d'autres ambitions que d'assouvir ces satisfactions personnelles. Pour contourner ce blocage institutionnel, nous appelons à politiser le débat sur le SDRIF et sortir de l'aspect technique voire technocratique. C'est la seule manière de prendre à parti les citoyens de notre région.
20 septembre 2008
Quand Sarkozy rêvait de subprime à la française
Article marianne2.fr
Un «crédit hypothécaire» garanti par la valeur du logement des foyers les plus pauvres ? Cette proposition, émise par Nicolas Sarkozy pendant la dernière campagne présidentielle, n'a pas eu le retentissement qu'elle méritait : elle prend toute sa saveur en pleine crise des subprime.
Visionnaire, Nicolas Sarkozy l'est sans conteste : un an avant que n'implose le marché immobilier américain, le candidat UMP à l'élection présidentielle préconisait avec une fulgurante intuition dans son programme quelque chose qui ressemble étrangement à des subprime à la française : «Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.»
Passée inaperçue au printemps 2007, dans le feu de la campagne présidentielle française, cette formule de «crédit hypothécaire» avait peu de chance d'émerger l'été dernier au moment où l'économie américaine commençait à subir les désastreuses conséquences de ces [«prêts spécial pauvres»]i. «Une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir !», argumentait le candidat de l'UMP pour justifier sa proposition d'emprunt immobilier pour foyers modestes.
Là encore visionnaire, Sarkozy pariait même sur le mécanisme qui a causé l'effondrement de la finance américaine : il imaginait que les banques se focaliseraient «moins sur la capacité personnelle de remboursement de l'emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué». Lors de son prochain discours, tant attendu, à Toulon le 25 septembre, le chef de l'Etat osera-t-il brandir comme solution miracle à la crise du pouvoir d'achat des «subprimes» à la française ?
19 septembre 2008
Nous y sommes.
C'est fait. Nous commençons à voir les différents blocs qui vont s'affronter lors du prochain congrès à Reims. Et le résultat est consternant. Le parti est plus que fracturé, les deux présidentiables vont violemment s'affronter. Malheureusement, le combat idéologique n'aura pas lieu dans la mesure où ils pensent globalement la même chose. Ils apparaissent comme les survivants d'un vieux monde qui a disparu, un monde où le social-libéralisme, avatar de la troisième voie chère à Tony Blair, se croit triomphant, où toute volonté d'intervention étatique est jugée contraire à la "modernité" qui camoufle de véritables régressions sociales.
Dans ce combat important pour l'avenir du Parti Socialiste, il m'apparaît évident que je défendrai la motion présentée par "Reconquêtes, "Changer", "D'abord redistribuer les richesses" et peut-être "Réinventer la gauche". Bien sûr, il est aussi évident pour moi que ce rassemblement ne va pas assez loin. Une alliance avec Martine Aubry et Laurent Fabius aurait été salutaire pour constituer une majorité solide au sein du Parti Socialiste. Ce rassemblement n'aura pas lieu pour l'instant.
Ce congrès montre en tout cas que certains caciques proposent une ligne politique dépassée et/ou dangereuse.
La motion Delanoe-Hollande est le prototype d'un certain immobilisme : retour des vieux jospinistes, ligne politique qui nous a fait échouer 3 fois de suite à l'élection suprême de la Vème République.
La motion Royal-Grands Barons : Cette motion constitue un retour à la SFIO associé au charisme christique et déroutant de notre ancienne candidate. Collomb et Guérini représentent un certain esprit féodal qu'il faut absolument combattre.
Quant à Martine Aubry, même si je me plus proche d'elle, son texte souffre parfois d'une faible structuration idéologique.
Le congrès est lancé. Des questions essentielles doivent être posées comme la remise en cause d'un dogme dangereux nommé le libre-échange. La stratégie de reconquête du pouvoir devra être définie. Espérons que ce congrès soit celui du sursaut et engage un nouveau cycle, Epinay 2. Malheureusement, Rennes 2 est pour l'instant devant nous.
17 septembre 2008
Benoît Hamon interpelle Jean Claude Trichet
Benoît Hamon interpelle Jean Claude Trichet
Vidéo envoyée par benoit-hamon
13 septembre 2008
Aurait-on pu le faire ?
C'est en quelque sorte la question que se pose le député Jean-Pierre Balligand dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde. Le PS peut-il être plus timoré que M. Bush ? Faut-il être un néoconservateur américain pour nationaliser une banque ? Le 7 septembre, le gouvernement des Etats-Unis a annoncé la nationalisation des deux agences de financement de crédit à l'habitat, Fannie Mae et Freddie Mac. En se déclarant prêt à consacrer 200 milliards de dollars (143,7 milliards d'euros) à ce plan de sauvetage, il a fait de cette opération la plus grande de ce type jamais menée aux Etats-Unis. Ce faisant, il a redonné au Parti socialiste et à toute la gauche une formidable occasion pour réhabiliter l'intervention du secteur public dans l'économie. C'est en effet peu de dire qu'une telle décision semble aller contre le courant d'un ultralibéralisme financier dont les Etats-Unis sont depuis longtemps le symbole : ce sont des organismes dorénavant nationalisés qui vont assurer près de la moitié des besoins en financement des emprunteurs américains, et personne ne s'en offusque aux Etats-Unis ! Cette opération est ainsi moins révélatrice d'une nage à contre-courant du gouvernement américain que d'un retournement de balancier de l'histoire économique. Comment en effet ne pas voir que cette nationalisation marque la fin d'un certain capitalisme, qui avait réservé au seul secteur privé le financement de toute l'économie ? La crise des subprimes a déjà permis de montrer la nécessité de réhabiliter l'idée de régulation financière, comme je l'avais souligné avec d'autres dans une contribution thématique déposée en vue du prochain congrès du Parti socialiste et consacrée à ce sujet. En effet, si cette forme dévoyée du capitalisme qu'est le libéralisme économique est morte le week-end dernier, c'est parce qu'elle s'est montrée incapable de donner une valeur marchande à certains risques et donc de les faire assumer correctement. Aujourd'hui, la décision du gouvernement américain montre bien qu'il est nécessaire d'aller au-delà de la mise en place de dispositifs de régulation efficaces, et de revoir à la hausse la place du secteur public dans l'économie. Pourtant rien ne prouve que l'Europe, si elle était confrontée à une situation aussi dramatique que celle des Etats-Unis, serait capable de prendre une telle décision. Depuis longtemps en effet, la domination de la doctrine ultralibérale est telle qu'elle a anéanti presque toute expression de pensée économique alternative. LES ZÉLATEURS DES MARCHÉS Parce qu'elle est en quelque sorte l'aveu de l'ultralibéralisme de son incapacité à ne pas s'autodétruire, cette décision américaine constitue ainsi une opportunité majeure pour faire tomber en France et en Europe le tabou du rôle du secteur public dans l'économie. Plus qu'une opportunité, c'est même une nécessité pour ceux qui n'entendent plus se satisfaire des antiennes rassurantes des zélateurs des marchés auto-régulés. Il ne s'agit évidemment pas de reproduire les travers de la situation actuelle, où la puissance publique intervient pour éponger les pertes d'acteurs privés à coups de fonds publics, encourageant ainsi ces acteurs à prendre toujours plus de risques. Il faut au contraire définir les contours d'une solution alternative, une économie de marché sociale et soutenable qui donnerait toute sa place au secteur public et ce sans plus attendre, afin d'éviter que l'Europe ne perde - une fois de plus - des années en atermoiements. Les socialistes, et au-delà l'ensemble de la gauche, ne doivent ignorer leur responsabilité dans l'accomplissement de cette tâche. C'est pourquoi il serait regrettable qu'au moment où le Parti socialiste entend procéder à sa refondation, il le fasse sur des bases libérales dont l'actualité montre qu'elles sont déjà dépassées.
09 septembre 2008
Pas d'alliance entre le PS et le Bayrou !!
En lisant le programme économique de Bayrou, je comprends mieux pourquoi je suis hostile à toute alliance avec la droite complexée.
De plus, il faut se rappeler qu'en 1988 le PS s'est allié au centre et on a vu le résultat en 1993. Sans oublier aussi la situation actuelle du Parti démocrate en Italie.
http://www.bayrou.fr/opencms/opencms/evenements/download/bayrou-social-economie-230207.pdf
08 septembre 2008
Tribune de Benoit HAMON et Liem HOANG NGOC
Le RSA n'est pas efficace contre la pauvreté
L'annonce faite par le président de la République de financer le revenu de solidarité active, défendu par Martin Hirsch, par un prélèvement de 1,1 % sur les revenus du capital, a été saluée comme une mesure juste et efficace. Or, l'inclusion de cet impôt dans le bouclier fiscal, proposée par Christine Lagarde, exonèrerait une nouvelle fois les plus hauts revenus de la solidarité envers les plus démunis. Elle rendrait le prélèvement carrément dégressif : plus on est riche, moins on contribue. La création dudit bouclier fiscal avait déjà abouti à la suppression de l'ISF pour les très hauts revenus, ISF dont on oublie qu'il avait à l'origine été créé pour financer le RMI. Le financement du RSA pèsera donc sur les classes moyennes et les petits épargnants, dont le pouvoir d'achat est particulièrement entamé dans la période actuelle.
Mais c'est la philosophie même du RSA qui fait débat. Le RSA est une nouvelle prime pour l'emploi, réservée aux plus pauvres, leur offrant la possibilité de cumuler le RMI avec le revenu procuré par n'importe quel emploi à très bas revenu. La prime pour l'emploi avait, au moment de sa création, fait l'objet de nombreuses critiques. A l'heure où la négociation salariale peine à redémarrer, ce type de dispositif n'est en effet pas de nature à inciter les entreprises à distribuer leurs gains de productivité sous forme d'augmentations de salaire, laissant à l'Etat la charge de régler seul le problème du pouvoir d'achat des salariés. Pour sa part, le RSA favorisera la multiplication d'emplois à très bas salaires (à l'instar des « emplois Borloo » à moins de 10 heures par semaine dans les services à la personne), sans permettre aux pauvres de sortir de la précarité. Il engendrera la constitution d'une trappe à temps partiel, faite de « working poors » à l'anglo-saxonne.
Tout comme la PPE, le RSA est non seulement un mauvais instrument de politique de l'emploi, mais il est aussi un piètre dispositif de lutte contre la pauvreté, excluant les véritables exclus. Présenté comme une innovation majeure, le RSA est d'autant moins révolutionnaire qu'il existe déjà un dispositif temporaire d'intéressement à la reprise d'emploi pour les allocataires du RMI.
Tout comme les mesures prises pour sanctionner les chômeurs refusant les « offres valables d'emploi », la PPE et le RSA sous-entendent que les chômeurs et les exclus font rationnellement le choix de ne pas travailler parce que l'écart entre le revenu du travail et l'allocation versée est trop faible. Ces mesures font écho à la vieille et controversée théorie libérale du chômage volontaire, qui postule que l'économie est en plein-emploi car personne ne veut travailler plus aux conditions du marché. Or cette théorie est contredite par les faits. En réalité, le chômage est majoritairement involontaire. Il résulte de l'insuffisance d'emplois créés par une économie dont la croissance est atone en raison de la panne d'investissement des entreprises, qui subissent par ailleurs le retournement de la consommation lié à la crise du pouvoir d'achat ainsi que, désormais, les effets du retournement américain. Il y a aujourd'hui 2,5 millions de chômeurs de catégories 1 à 3 au sens de l'ANPE (immédiatement disponibles et demandeurs d'emploi à durée indéterminée ou non, à temps complet ou partiel) prêts à travailler aux conditions du marché, alors que ne prévalent que 290.000 emplois vacants. L'ANPE a dénombré en 2007 seulement 18.000 fraudeurs qu'elle s'est empressée de radier. Les « offres valables d'emplois » disponibles sont d'autant plus restreintes que l'on découvre désormais que nombre d'emplois théoriquement vacants sont en grande partie occupés par des « sans-papiers », que l'on refuse souvent de régulariser. Les enquêtes faites sur des cohortes d'allocataires du RMI indiquent enfin qu'ils choisissent l'emploi dès que l'occasion se présente, même si l'écart entre le RMI et le revenu procuré est faible.
Au final, le RSA concernera un nombre restreint de RMistes (100.000, annonce-t-on, sur plus de 1 million d'allocataires), ceux qui auront la chance de rencontrer un emploi précaire. Le dispositif exclut les véritables exclus, ceux qui ne sont pas en état de reprendre un emploi, dont les allocations ne seront pas revalorisées. A cet égard, le RSA n'est en aucun cas un instrument de lutte contre l'extrême pauvreté. La somme de 1,5 milliard d'euros, prévue pour le financement du RSA, aurait au contraire pu être consacrée à la revalorisation de tous les minima sociaux. A l'heure où la récession s'installe, c'est par ailleurs un véritable plan de relance qui s'impose, afin de soutenir la croissance, condition nécessaire à la création d'emplois véritablement durables. Le gouvernement refuse de l'envisager, pour avoir déjà consacré 14 milliards par an au financement du paquet fiscal, dont l'impact macroéconomique est improbable si l'on considère la révision à la baisse des prévisions de croissance pour 2009.

